Gilbert Frizon

Ex-tension CX, la sculpture qui vient d’un autel sentant le… soufre !

« Je ne donne plus de titre à mes œuvres ; ça oriente trop… », rigole Gilbert Frizon. En conséquence, elles s’appellent toutes Ex-tension 1, 2, 3, 4, 5… dans l’idée de cette énergie figée.
Pour ce XVIIe symposium, « je travaille une pierre que j’ai rachetée à Lyon et qui vient de Saint-Béat, dans le sud de la Haute-Garonne. Il s’agit d’une pierre d’autel, qui a donc déjà été travaillée ; ce qui est amusant, c’est qu’elle sent un peu… le soufre ! »
Cette pièce assez verticale – de 2,50 mètres de haut et de 18 à 19 centimètres d’épaisseur pour quelque 800 kilos – présente « un cristal très particulier. Elle ressemblait à du granit – normalement, le marbre de Saint-Béat est blanc… Lorsque j’ai tapé dessus, j’ai compris ! »
Sur la forme, « je voulais une pièce verticale, élancée, qui puisse faire penser à une pointe de flèche, de lance préhistorique. Je voulais repasser par une forme primaire à la massette, de façon à l’alléger, à l’étirer pour qu’elle entre en résonance avec la verdure qui l’entoure… »
Techniquement, « elle est faite d’arcs de cercle, en revenant à un vocabulaire graphique assez simple qui met en valeur tout à la fois la peau de la pierre, mon travail d’extension et le poli pour le côté tactile du passage de la main. »
Quant aux orifices, « ce sont les trous de la pâte à pain », s’amuse le sculpteur, qui a trouvé cette pierre « très docile. Elle est veinée au niveau de la couleur, sans faille à celui de la texture. »
Au final, « ce qui est intéressant, ce sont les cristaux très gros et leur rapport à la lumière. »

Site : sculpteur-frizon.com

Gilbert Frizon

166 route de Riboud 38300 Culin

06 82 93 73 65

gilbert.frizon@free.fr

Www.sculpteur-frizon.com

« Il faut que la forme retrace une force »

 

« J’ai toujours eu un rapport très fort à la nature, j’ai toujours été très contemplatif », campe Gilbert Frizon, chez qui « le dessin était naturellement là. » Sans doute était-ce dû à cette enfance dans la ferme familiale…

« Au début, mon univers artistique restait assez flou », se souvient-il, jusqu’à ce qu’il ait une révélation : « Du point de vue de l’aspirant architecte, la pierre était un matériau de construction. Mais, derrière le matériau, j’ai entrevu la pierre en tant que matière, avec sa mémoire, sa vie… »

Ce qu’il voit désormais, c’est que « cette pierre-là a momentanément figé toute l’énergie de l’univers ! J’aime à penser que nous sommes sur un tapis roulant, que tout bouge… » Il en résulte une réflexion plus holistique : « Nous sommes sur un être vivant ; l’idée, c’est de l’exprimer à travers la pierre, la pierre mère à l’origine des matériaux qui nous composent. » Le sculpteur se fait soudain aussi poète que philosophe : « Nous ne sommes que des poussières d’étoiles… »

Plastiquement, « c’est la raison pour laquelle ma pierre s’étire et va tendre vers des structures plus organiques. »

De fait, « je la travaille sans préparation de façon à connaître son caractère. Chaque pierre va réagir différemment, et c’est ce qui va m’orienter pour entrer dialogue avec elle, pour connaître son énergie vitale. » En d’autres termes, « il faut que la forme retrace une force. »

Et pour le côté graphique, « j’aime avoir la trace de l’outil ; le caractère de la pierre doit rencontrer l’empreinte de l’outil ! »    

Gilbert Frizon, de la philosophie à la sculpture, en passant par l’architecture…

 

Rien ne semblait prédisposer Gilbert Frizon, qui voit le jour au tout début de 1978 à Bourgoin-Jallieu, à embrasser une carrière artistique. Si ce n’est que « j’ai toujours dessiné, peint, bricolé… »

 

Au point de passer un baccalauréat artistique avant d’entreprendre des études de philosophie à l’université. « Derrière l’art, il y avait un discours très politique qui se situait dans une réflexion, dans la profondeur… », explique-t-il volontiers. Avec un corollaire qui s’impose néanmoins  assez rapidement : « Je n’y voyais pas de suite… »

 

Ce sera donc l’architecture, mais « en passant par le début, par le matériau… » C’est ainsi qu’il suit une formation de tailleur de pierre chez un compagnon, à Saint-Antoine-l’Abbaye. Et qu’il deviendra restaurateur du patrimoine en goûtant aux charmes de la Bourgogne « chez un sculpteur qui prenait des jeunes en formation. »

 Il s’établit finalement en 2004 à Culin, près de Bourgoin-Jallieu, où il ouvre son atelier.