
Jean-Charles Stora, d’Alger à la Lozère, en passant par… la psychologie
Né en 1955 à Alger, Jean-Charles Stora arrivera en 1962 à Marseille avec une anecdote qui en dit long sur sa personnalité profonde : « Sur le bateau, tout le monde pleurait ; moi, j’étais émerveillé et ravi de pouvoir naviguer… »
C’est à Antibes, où ses oncles étaient venus repérer les lieux, que « la grande famille » s’installera « jusqu’à ma classe de troisième. » Là encore, il optera pour la tangente : « En foot, j’avais été repéré par l’AS Cannes et l’AS Monaco ; mais je n’ai pas voulu y aller. J’avais seize ou dix-sept ans, et je ne voulais de contraintes ! Fils unique, ma famille, c’était les copains. J’avais fait le choix de rester avec mes copains… »
Tenté par le professorat d’éducation physique à l’époque où on pouvait intégrer le CREPS sans le bac, « j’ai réussi l’épreuve sportive, mais raté l’épreuve scolaire. » En conséquence, « je me suis inscrit en seconde pour travailler la dissertation, mais ce fut l’année où le bac devint obligatoire pour rejoindre le CREPS », éclate-t-il de rire.
Magasinier dans les pièces électriques automobiles, Jean-Charles Stora vit alors une vie sans histoires, mais plombée par un mal de vivre, qui, à la suite d’improbables rencontres, le conduiront chez un psychologue. Le futur patient aura instantanément une révélation : « Je veux faire ce métier ! »
Mais « comment faire psy sans goût pour l’étude ? » Ce n’est pas ce genre de considération qui arrêtera Jean-Charles Stora… Et, dûment diplômé, il finit par ouvrir son cabinet. Où il pratiquera jusqu’à l’âge de 62 ans, « même si je continue encore un peu… »
C’est en Lozère, où il s’est désormais installé, qu’il pratique aujourd’hui son art.
Neuf Mondes
« Quand je suis venu à Saint Jean de Chépy, j’ai été très sensible à tout ce que j’ai vu… J’ai voulu réaliser une œuvre qui permettre de voir les choses différemment », campe Jean-Charles Stora.
Or « chez un grand nombre de peuples racines, de peuples anciens, le chiffre neuf est signifiant. » Et de développer : « Pour le peuple Kogi de Colombie, l’univers est structuré en neuf niveaux ou mondes superposés, avec quatre mondes inférieurs liés à la matière (l’eau, l’obscurité, les origines de la vie et les forces invisibles), un monde central, celui des humains, comme point d’équilibre – les actions humaines ont un impact sur l’équilibre des neuf mondes ; les humains ont comme mission cet équilibre – et quatre mondes supérieurs (lumière, pensée, esprit, sagesse). »
En conséquence, « cette sculpture est composée de neuf tubes de couleurs représentant chacun un élément des neuf mondes » et « chaque élément est relié à l’autre et connecté à l’ensemble. » Car « c’est ainsi que les Kogis appréhendent le monde du vivant ! », s’enthousiasme Jean-Charles Stora.
« Et on peut la toucher… », feint-il de s’amuser. « C’est juste un point de vue différent… »
En d’autres termes, « à Agde avec ArtLabCity comme à Altier avec Sculptures en liberté, j’ai voulu travaillé la relation entre causalité linéaire et causalité circulaire. Dans cette optique, Saint Jean de Chépy constitue vraiment une continuité. C’est ce que je recherche, bien plus qu’une reconnaissance… »
« J’ai voulu mettre mes dessins en mouvement »
C’est à l’aune de ce parcours de vie aussi riche que singulier qu’il convient d’appréhender l’œuvre de Jean-Charles Stora.
« A partir de 2004, je me suis mis à faire des dessins entre deux patients », explique-t-il avec cette spontanéité déconcertante qui semble le caractériser. « Ce sont des dessins préparatoires… », lui commentera simplement la galeriste Madeleine Chave à Vence.
Il se mettra alors en tête de « les mettre en mouvement » et réalisera une première dizaine de sculptures. « J’ai vendu quelques petits formats, mais ce n’était pas mon objectif… Cela m’a toutefois fait plaisir. »
Pourquoi l’acier ? La réponse présente le mérite de la clarté : « Je ne sais pas… C’est complexe et sensuel, l’acier. Je peux passer des heures à le caresser… »
Modeste, voire humble, l’artiste a tôt fait de relativiser son travail : « Ce sont plus des assemblages que des sculptures… Je faisais comme ça venait ; c’était pulsionnel. Le sens arrivait après ; je ne sais qu’après ce que je viens de faire… »
Sur le fond, « je définirais mon travail comme relationnel, qui montre à voir, qui propose un regard, qui sort de la pensée… »
Alors, assemblages ou sculptures ?


