
Lionel Chalaye, de Valence à Valence en passant par… New York
C’est à Valence, où il a vu le jour en 1964, que Lionel Chalaye intègre les Beaux-Arts en 1982. « J’étais le môme qui dessinait dans son coin… Dans un milieu plus favorisé, j’aurais intégré une faculté de Lettres… », concède-t-il à l’aune d’une douce amertume mâtinant un sourire où Jean-Pierre Bacri le disputerait à Jean-Pierre Darroussin. « J’ai tout géré toujours seul ; mon père voulait que je fasse électro-mécanique… »
Après cinq années d’étude et une formation de peintre, « j’ai vite ressenti la nécessité de sortir du plan… » La peinture objet retiendra dans un premier temps son attention. Jusqu’à ce qu’il rencontre La Vie des formes qui, à Chalon-sur-Saône, l’initie à d’autres dimensions « avec des outils conséquents qu’on n’a pas » grâce à son chantier international de création expérimentale.
Et c’est « grâce à la famille Evrard » qu’il rencontre Mark di Suvero, dont il deviendra dix années durant l’assistant en Europe. Entre le Socrates Sculpture Park et La Vie des formes, Lionel Chalaye se construit une double mais singulière culture sculpturale entre New York et la Bourgogne, collaborant au montage des grandes œuvres de di Suvero à Valencia, Stuttgart, Venise et… Valence, exposant lui-même à Lyon, New York et sur la Côte ouest des Etats-Unis.
Jusqu’à ce qu’il y a une vingtaine d’années, Lionel Chalaye intègre… les Beaux-Arts de Valence comme assistant d’enseignement. « Ce fut un concours de circonstances, un poste venait de se libérer… », balaye-t-il modestement. Reste que « j’essaie de transmettre l’expérience in vivo en assistant les autres enseignants dans la dimension technique. »
Pour le dire autrement, il s’est retrouvé professeur de sculpture « avec une grande liberté… »
Fidèle à sa Drôme natale, Lionel Chalaye vit désormais à Dieulefit.
ChépyTerra
« Je n’avais pas de titre pour cette œuvre, que j’ai conçue pour le lieu », situe Lionel Chalaye, qui a donc décidé de lui donner le nom de… son hôte ! « Comme, peut-être, ma prochaine exposition ; ce symposium pourrait marquer le début d’un nouveau système… », esquisse-t-il dans un sourire où, cette fois, Jean-Pierre Darroussin l’emporterait sur Jean-Pierre Bacri.
Et de développer : « Je suis venu voir le Domaine au mois de janvier précédant le symposium, et cela a été plus de l’ordre du ressenti ; on est dans une vallée, on sent l’horizon des montagnes et c’est dégagé. Il y a de la concentration et du dégagement. Et puis, ici, j’ai l’impression de dormir sur une péniche… »
Après quoi, « je ne fais pas de plan d’attaque, je ne dessine pas, je ne fais pas de maquette. C’est plus l’aura du lieu qui m’a inspiré, un peu sur le mode de l’écriture automatique ; ça part vraiment d’une énergie… »
Un regret ? « L’intérêt de travailler in situ, c’est que ça favorise le déploiement. Tout de suite, cette œuvre est devenue un… échantillon ! Aujourd’hui, j’augmenterais toutes les dimensions d’au moins 10%… »
La douce amertume de la dérision n’étant jamais bien loin, « j’ajouterais aussi un cartel précisant qu’il s’agit d’une sculpture, pas d’un portique de gymnastique… »
« Tous mes travaux fonctionnent dans l’étendue »
D’emblée, Lionel Chalaye pose le décor de son œuvre : « J’ai ressenti très vite un besoin réellement physique de relations avec l’environnement. »
Cette nécessité aura deux conséquences : ce besoin relationnel l’emportera toujours sur le piédestal, tout comme l’horizontal viendra rapidement supplanter le vertical. Et, cerise sur le gâteau, « le déploiement d’une énergie prévaudra constamment sur sa cristallisation. »
« Au début, je faisais des pièces en PVC ; mais il s’agit d’un matériau très laborieux… » Alors « l’acier s’est imposé pour son côté pratique. C’est beaucoup plus facile, l’acier », insiste-t-il avant d’argumenter : « L’acier a beaucoup plus de souplesse que le plastique… »
Comment en est-il arrivé là ? « La pierre me fascine comme spectateur, mais je n’ai pas cette approche du métier », confesse-t-il en précisant en avoir tâté « un peu aux Beaux-Arts. »
Avouant bien volontiers sa dette envers Mark di Suvero, Lionel Chalaye a tôt fait de se référer à Isamu Noguchi, « ce père du Land Art qui avait été l’assistant de Brancusi. »
Sans doute est-ce pour cette raison que « tous mes travaux fonctionnent dans l’étendue et la volumétrie… »


